Reviendrons, reviendrons pas? Il y aurait 350 000 Canadiens dans la
région de San Francisco, dont un bon
nombre de Québécois. Mercredi soir, une centaine d'entre eux ont répondu
à l'invitation d'une délégation de
Montréal, curieux de savoir ce qui s'y passait côté technologie.
Montréal International, le bureau d'avocats Coudert Frères et le fonds
de capital-risque TechnoCap étaient les
trois commanditaires de la soirée. Ils veulent tous, à divers degrés,
que les Québécois d'ici participent au
dynamisme du secteur des technologies de l'information à Montréal.
Un conseil aux futures délégations montréalaises: si vous voulez
rapatrier talent et argent californiens, ne
mentionnez pas les bouchons sur la Métropolitaine. Car s'il y a un
problème qui aura raison de la détermination
des Québécois à s'enraciner sur la côte Ouest américaine, c'est bien la
circulation. Tout le monde s'en plaint et de
plus en plus.
L'affaire se complique davantage quand on sait que, d'une part, les gens
ici changent d'emploi très souvent et que,
d'autre part, les appartements sont chers et rares. Pas la peine de se
rapprocher de son travail si on n'est pas sûr
d'y rester plus que quelques mois. Alors ils passent une bonne partie de
leur journée coincés dans les transports,
ce que les Américains appellent le "commuting".
Sylvain Huard, de Québec, travaille chez Dynarc, une entreprise suédoise
du domaine de l'optique. Depuis un peu
plus de deux ans, c'est son cinquième emploi à Silicon Valley. "Si tu ne
"commutes" pas, dit-il, la vie est belle!"
Mais ces jours-ci, ce n'est pas son cas. Il doit se lever à 4 h 30 tous
les matins pour arriver au boulot vers 6 h et
en repartir vers 15 h 45. S'il part plus tard, il risque de perdre deux
heures dans l'auto dans chaque direction.
"Il y a des douches au bureau, raconte Sylvain Huard. C'est sûr qu'il y
a des soirs, si j'avais une minivan,
j'étendrais mon matelas dedans et je dormirais là au lieu de retourner
chez moi."
La région de San Francisco est installée autour d'une grande baie de 100
kilomètres de long. Silicon Valley
s'étend sur une des rives de cette baie, entre San Francisco et San
Jose. Les maisons du coin sont inabordables,
même pour les professionnels de la haute technologie. La région
immédiate est réservée aux millionnaires, qui se
comptent par centaines dans plusieurs grandes entreprises, comme Cisco
Systems et Oracle, et par dizaines dans
les entreprises plus petites. Les ingénieurs comme Sylvain Huard doivent
s'installer de l'autre côté de la baie, à
Berkeley, par exemple.
Alors pourquoi venir ici? "Ça faisait 10 ans que j'étais dans la haute
technologie à Québec, dit-il, et je gagnais
pas plus qu'un chauffeur d'autobus!"
Les Québécois vont-ils revenir? "Il va y avoir un mouvement quand les
délais pour encaisser les options seront
écoulés et que les gens auront fait leur argent", estime-t-il.
Claude Godcharles, un autre ingénieur québécois, travaille chez Ciena,
une des sociétés les plus en vogue dans
les réseaux optiques. "Une des raisons qui m'ont poussé à venir ici il y
a six ans, c'est que j'ai voulu lancer une
entreprise au Québec et qu'il n'y avait pas moyen d'avoir du
financement, dit-il. Il fallait attendre trois ans pour
avoir 250 000 $, et là, il fallait déjà avoir un produit fini. Je
connais des gens qui ont ruiné leur famille et qui ont
tout perdu à essayer de faire ça."
Un autre Québécois, François de Repentigny, hésite quand on lui demande
s'il songe à retourner au Québec. "Ici,
l'idée qu'on est responsable de sa destinée me plaît, dit-il. Mais
savoir que mes deux enfants vont grandir comme
des Américains, je ne suis pas sûr que ça me plaît."
La Presse était en Californie à l'invitation de la firme Technocap |